★
Guide santé

Diversité anatomique et de genre : sexualité trans, non binaire et intersexe

Les corps changent avec les hormones et les chirurgies, et certains naissent avec des variations absentes des schémas des manuels. Ce guide explique ce qui change dans la sexualité, comment prendre soin des tissus, comment parler du corps sans aggraver la dysphorie, et quelles pratiques et positions conviennent à chaque type de contact.

✓ Relu par l'équipe éditoriale · Mis à jour le

Genre, sexe et orientation : trois notions distinctes

Avant de parler de pratiques, il est utile de séparer trois idées souvent confondues. Le genre est la façon dont une personne se vit et se nomme (femme, homme, non binaire ou autres identités). Le sexe biologique décrit les chromosomes, les hormones et l'anatomie, et il ne rentre pas toujours dans deux cases. L'orientation sexuelle concerne les personnes qui vous attirent.

Ces trois dimensions sont indépendantes. Une femme trans peut avoir un pénis, une vulve ou un néovagin ; un homme trans peut avoir une vulve, un clitoris développé par la testostérone ou un néophallus ; deux femmes ou deux hommes peuvent avoir la même anatomie ou non. C'est pourquoi ce guide parle de corps et de types de contact, et non de « sexualité masculine » ou « féminine ». Il vaut aussi bien pour les couples trans, cis, non binaires, intersexes ou de même genre.

Ce qui change avec la testostérone et les œstrogènes

Les Standards de soins de la WPATH (version 8, 2022) décrivent les changements attendus de l'hormonothérapie. Chaque corps réagit à son rythme et tous les changements n'apparaissent pas.

TraitementChangements fréquents dans la sexualitéCe qui aide
TestostéroneDésir plus fort chez beaucoup de personnes ; croissance du clitoris, souvent plus sensible ; arrêt des règles ; tissus vaginaux plus fins et plus secs.Lubrifiant en abondance, plus de temps d'excitation et, en cas de douleur, demander un œstrogène vaginal.
Œstrogènes et bloqueursMoins d'érections spontanées, parfois plus difficiles à maintenir ; production de sperme réduite ; désir plus faible chez beaucoup de personnes ; peau plus douce.Explorer un plaisir qui ne dépend pas de l'érection : caresses, frottements, jouets ou stimulation d'autres zones.

Sécheresse et atrophie sous testostérone. UCSF Transgender Care explique que la testostérone crée un état de faible taux d'œstrogènes proche de la ménopause : les tissus vaginaux deviennent fins, pâles, moins élastiques et s'irritent au frottement. On le décrit comme une sensation de « papier de verre » ou de brûlure, et la pénétration peut faire mal. Un lubrifiant sans parfum aide et, si cela ne suffit pas, une cure courte d'œstrogène vaginal. Selon l'UCSF, il est très peu absorbé et n'interfère pas avec les effets de la testostérone.

La testostérone n'est pas un contraceptif. Les recommandations IST des CDC (2021) rappellent qu'avec un utérus et des ovaires l'ovulation peut se poursuivre sous testostérone et qu'une grossesse est possible. Dans une enquête auprès de 41 hommes trans ayant été enceints (Light et coll., 2014), 61 % avaient pris de la testostérone avant la grossesse, et certains ont conçu alors qu'ils n'avaient pas de règles. En cas de contact pénis-vagin sans désir de grossesse, une contraception est nécessaire : les méthodes progestatives seules et non hormonales sont compatibles avec la testostérone. Les œstrogènes réduisent la production de sperme, mais de façon imprévisible : ils ne protègent pas non plus.

Après une chirurgie : néovagin, dilatations et autres interventions

Chaque technique et chaque équipe chirurgicale a son protocole, et c'est le sien qui prime. À titre de repère, le guide de vaginoplastie d'UCSF Transgender Care indique :

  • Dilatations. Trois fois par jour, 10 minutes, les 3 premiers mois ; une fois par jour de 3 à 6 mois ; puis de moins en moins, jusqu'à 1 à 2 fois par semaine vers un an. Il faut les poursuivre au moins un an et les rapprocher si la profondeur diminue ou si le néovagin semble plus étroit.
  • Pénétration. Elle peut reprendre à partir de 3 mois, sauf avis contraire de l'équipe.
  • Lubrification. Le néovagin ne se lubrifie pas seul : un lubrifiant est toujours nécessaire. L'UCSF recommande ceux à base d'eau.
  • Prostate. Elle est conservée et peut être une source de plaisir, accessible par la paroi du néovagin.

Après une phalloplastie ou une métoïdioplastie, la sensibilité évolue pendant des mois et la stimulation se concentre souvent à la base, où se trouve le tissu clitoridien. Après toute chirurgie, mieux vaut que le premier contact se fasse sans pénétration, la personne opérée gardant la main sur le rythme.

Dysphorie et façon de nommer le corps

Pour beaucoup de personnes trans et non binaires, certains mots ou certains contacts déclenchent la dysphorie : un mal-être intense lié à des parties du corps ou à la façon de les nommer. Il n'existe pas de vocabulaire juste pour tout le monde ; il y a celui que chaque personne choisit.

  • Demandez comment chacun nomme son corps. Certaines personnes emploient des mots anatomiques ; d'autres, leurs propres termes (« mon devant », « en bas », un nom inventé). Utilisez-les aussi au lit.
  • Mettez-vous d'accord sur une carte des zones. Ce qui peut être touché, ce qui ne l'est pas et ce qui « dépend du jour ». Les limites peuvent évoluer avec les hormones ou après une chirurgie.
  • Ayez un mot pour arrêter sans vous justifier, et un autre pour « change de zone ».
  • Les vêtements comptent aussi. Garder un t-shirt, un binder confortable ou des sous-vêtements peut permettre de profiter sans penser au corps. Un binder ne doit pas être porté trop longtemps ni pendant un effort intense.

Si le sujet est difficile à aborder, l'article comment parler à son partenaire de quelque chose de nouveau donne des pistes pour le faire hors du lit et sans pression.

Personnes intersexes et autres variations anatomiques

Le NHS décrit les variations du développement sexuel (DSD), que beaucoup de personnes préfèrent appeler intersexuation, comme un groupe d'affections rares touchant les gènes, les hormones ou les organes reproducteurs. Quelques exemples : l'hyperplasie congénitale des surrénales, l'insensibilité aux androgènes, le syndrome de Klinefelter (XXY) ou le syndrome de Rokitansky (MRKH), dans lequel il n'y a pas d'utérus et le vagin peut être plus court.

Ce qui compte le plus pour la sexualité :

  • Une variation n'est pas une maladie à « réparer » pour avoir une vie sexuelle épanouie. Beaucoup de personnes intersexes en profitent sans aucune intervention.
  • Certaines ont subi des chirurgies dans l'enfance sans pouvoir décider, et peuvent avoir des cicatrices, moins de sensibilité ou un souvenir douloureux. Aller doucement et laisser cette personne fixer le rythme est essentiel.
  • Si le vagin est plus court, les positions où la personne qui reçoit contrôle la profondeur, ainsi que la stimulation externe, sont souvent plus confortables. Pour l'allonger, le NHS mentionne la dilatation progressive ou la chirurgie, toujours avec une équipe spécialisée.

Il en va de même pour d'autres variations courantes : clitoris ou lèvres de tailles très différentes, pénis courbé, un seul testicule, cicatrices ou stomies. La règle : adapter le contact au corps tel qu'il est, pas à celui des planches d'anatomie.

Prévention et quand consulter

Les recommandations des CDC (2021) demandent que le dépistage des IST repose sur l'anatomie actuelle et les pratiques, pas sur l'identité. Concrètement :

  • Faites-vous dépister sur toutes les zones exposées : génitale, anale et gorge. Consultez la fréquence de dépistage des IST selon vos pratiques.
  • Si vous avez encore un col de l'utérus, le dépistage du cancer du col reste nécessaire, avec ou sans testostérone.
  • Un néovagin peut contracter des IST : le dépistage y est aussi recommandé. Il n'a pas besoin de frottis cervical puisqu'il n'a pas de col.
  • Les IST comme le HPV, l'herpès ou la trichomonase se transmettent aussi entre deux vulves. Les barrières en latex et le fait de laver ou couvrir les jouets avant de les partager réduisent le risque.

Consultez rapidement si :

  • vous saignez après la pénétration, remarquez des pertes malodorantes, de la fièvre ou une douleur qui ne passe pas, surtout après une chirurgie ;
  • le dilatateur entre de moins en moins ou fait plus mal ;
  • vous prenez de la testostérone, avez un utérus et des règles revenues qui manquent, ou pensez pouvoir être enceint ;
  • la douleur à la pénétration persiste malgré le lubrifiant ;
  • la dysphorie ou l'anxiété vous empêchent de profiter ou vous font éviter le contact.

Pratiques et positions par type de contact

Regroupées par type de contact, pas par genre. Choisissez selon les corps que vous avez aujourd'hui, les zones que chaque personne veut inclure et l'étape de récupération après une chirurgie.

Plaisir sans pénétration

Frottements et contact génital externe

Sexe oral

Pénétration contrôlée par la personne qui reçoit

À garder pour plus tard

Pendant la récupération d'une chirurgie, ou tant qu'il y a sécheresse ou douleur, mieux vaut éviter :

  • les positions qui donnent beaucoup de profondeur ou retirent le contrôle à la personne qui reçoit (jambes sur les épaules, bassin surélevé, pénétration énergique par derrière) ;
  • toute pénétration avant l'accord de l'équipe chirurgicale, même si les dilatations se passent bien ;
  • les lubrifiants parfumés, chauffants ou anesthésiants, qui irritent les tissus fins et masquent la douleur qui sert d'alerte ;
  • les pratiques qui touchent des zones que la personne n'a pas incluses dans la carte convenue.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

La testostérone sert-elle de contraceptif ?

Non. Avec un utérus et des ovaires, on peut ovuler même sans règles, et des grossesses ont été documentées chez des personnes sous testostérone. En cas de contact pénis-vagin, utilisez une contraception compatible.

Pourquoi la pénétration me fait-elle mal depuis que je prends de la testostérone ?

La testostérone amincit et assèche les tissus vaginaux, qui s'irritent au frottement. Beaucoup de lubrifiant et plus de temps d'excitation aident ; sinon, demandez un œstrogène vaginal, très peu absorbé.

Combien de temps faut-il dilater après une vaginoplastie ?

Au moins un an, très souvent les premiers mois puis moins, selon le protocole de votre équipe chirurgicale. Si la profondeur diminue ou si c'est plus étroit, dilatez plus souvent et consultez.

Quand peut-on avoir des rapports avec pénétration après une vaginoplastie ?

Le guide de l'UCSF parle d'environ trois mois, si l'équipe chirurgicale donne son accord. Avant, caresses et contacts sans pénétration restent possibles.

Les personnes trans ont-elles besoin de dépistages d'IST différents ?

Les dépistages se choisissent selon l'anatomie actuelle et les pratiques : sur toutes les zones exposées, néovagin compris. Si vous avez encore un col de l'utérus, son dépistage reste nécessaire.

Comment parler de mon corps à mon ou ma partenaire si j'ai de la dysphorie ?

Choisissez vous-même les mots pour vos zones et partagez-les avant, hors du lit. Convenez de ce qui se touche, de ce qui ne se touche pas et d'un mot pour arrêter sans vous justifier.

Sources

  1. Coleman E, Radix AE, Bouman WP, et al. Standards of Care for the Health of Transgender and Gender Diverse People, Version 8. International Journal of Transgender Health. 2022;23(Suppl 1):S1-S259. doi.org
  2. Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Transgender and Gender Diverse Persons. Sexually Transmitted Infections Treatment Guidelines. 2021. www.cdc.gov
  3. UCSF Gender Affirming Health Program. Vaginoplasty procedures, complications and aftercare. Guidelines for the Primary and Gender-Affirming Care of Transgender and Gender Nonbinary People. 2016. transcare.ucsf.edu
  4. Obedin-Maliver J. Pelvic pain and persistent menses in transgender men. UCSF Gender Affirming Health Program. 2016. transcare.ucsf.edu
  5. Light AD, Obedin-Maliver J, Sevelius JM, Kerns JL. Transgender men who experienced pregnancy after female-to-male gender transitioning. Obstetrics & Gynecology. 2014;124(6):1120-1127. doi.org
  6. NHS. Differences in sex development. nhs.uk. 2023. www.nhs.uk

Ce guide est éducatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé. Après une chirurgie, suivez toujours le protocole de votre équipe chirurgicale et consultez en cas de saignement, de fièvre ou de douleur intense.